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Ces officiers libyens déserteurs qui rejoignent les rebelles de l’Ouest

Ces officiers libyens déserteurs qui rejoignent les rebelles de l’Ouest
Dernière mise à jour le 16/07/2011 à 18:59

Depuis février, le colonel Abd Elsalam vibre pour la rébellion. D’abord, il a refusé de monter dans l’avion pour bombarder les civils, puis a espionné pendant des mois, avant de mettre sa famille à l’abri et de déserter pour rejoindre les rebelles de l’Ouest libyen.

Ils ont tous un peu la même histoire, ces officiers originaires du Djebel Nefoussa qui ont abandonné l’armée régulière pour participer à « la guerre pour la liberté ».

Ils parlent de la flamme qui les habite depuis les premiers jours de l’insurrection mi-février. Ils racontent comment, risquant l’arrestation ou l’exécution, ils ont résisté aux ordres ou été mis à l’écart, comment ils ont espionné avant de franchir le pas.

Le colonel pilote Abd Elsalam, 51 ans, était à l’académie de l’armée de l’air de Misrata (est de Tripoli) quand tout a commencé. « Lorsqu’ils nous ont demandé de voler et de bombarder les rebelles, j’ai répondu +non+. Il y a eu une enquête, on m’a menacé de prison. J’ai dit que j’étais malade ». Ensuite, la base a été attaquée, les avions ont été détruits, plus question de voler. L’unité a été transférée à Tripoli.

Le colonel de l’armée de terre Mohammed Athich, 57 ans, était au quartier général militaire de la région d’Al-Jufrah, à 600 km au sud-est de Tripoli, chargé de veiller aux mouvements de troupes, d’armes et de munitions. Lui a rapidement été mis à l’écart. « Ils savaient que mes trois fils avaient rejoint la rébellion. On ne me faisait pas confiance, on me soupçonnait comme tous les militaires originaires des montagnes de soutenir les combattants ».

Le colonel Elsalam a rejoint la rébellion il y a 15 jours. Le colonel Athich, il y a un mois et demi. Au total, une quarantaine d’officiers déserteurs se sont déjà mis au service du conseil militaire de Roujbane (près de Zenten, coeur de la rébellion dans les montagnes de l’Ouest), dont huit arrivés ces deux dernières semaines.

Selon les gradés rencontrés dans la région, la majorité des officiers de l’armée régulière voudraient prendre le même chemin. Mais il n’est pas facile, racontent-ils. Il faut pouvoir mettre sa famille à l’abri dans une ville libérée et obtenir l’autorisation de quitter la base ou la localité où l’on a été assigné.

Le colonel Athich avait sa femme et ses filles à Tripoli. « On m’avait interdit de quitter la base. Les déserteurs étaient menacés d’exécution et si j’étais parti, elles auraient été en danger », explique-t-il.

En attendant d’organiser leur départ, deux fois il a réussi à transmettre des informations sur les positions des forces loyales à Mouammar Kadhafi en faisant passer un message écrit aux rebelles des montagnes. Puis, il a obtenu une permission de trois jours et n’est jamais revenu.

Pendant trois mois, le colonel Elsalam s’est, pour sa part, retrouvé sans mission, bloqué dans la capitale. « Régulièrement, j’allais à la base aérienne de Maatiga, je saluais les amis, je collectais des données que je transmettais à des collègues de Benghazi (est) avec qui j’étais en contact. Un jour, j’ai appris que les services secrets voulaient m’arrêter. J’ai demandé une permission et je suis parti rapidement ».

L’arrivée des officiers déserteurs, qui apportent informations et expérience, est bienvenue à Roujbane, même s’il peut y avoir des espions, comme ce gradé qui a disparu au bout de 10 jours, explique le colonel Makhmoud Aakrmi, 51 ans, rebelle de la première heure.

« La plupart viennent de la région, on les connaît, on leur fait confiance. A chaque bataille, on les envoie sur le terrain pour organiser, aider, donner confiance aux combattants », qui pour la plupart n’avaient jamais utilisé d’armes, dit-il.

En arrivant, le colonel Elsalam a expliqué où étaient les postes de contrôle, les chars. Trois fois en une semaine, le colonel Athich a dormi sur les lignes de front.

Selon eux, les militaires restés fidèles au colonel Kadhafi sont attirés par l’appât du gain, ou alors ils ont tellement de sang sur les mains qu’ils ne peuvent plus faire marche arrière. Quant aux autres, « pendant les combats, ils ne se battent pas beaucoup, ils s’enfuient ou se rendent », affirme le colonel Athich.

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