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Dispersion musclée du sit-in à l’OCP de Khouribga : Le chômage fertilise la contestation

Dispersion musclée du sit-in à l’OCP de Khouribga : Le chômage fertilise la contestation
Dernière mise à jour le 16/03/2011 à 15:20

Soixante-six personnes blessées (civils et forces de l’ordre confondus), locaux et outils de travail saccagés, onze voitures incendiées et près de 200 personnes arrêtées. C’est le bilan des incidents survenus entre lundi et mardi à Khouribga, suite à la dispersion par les forces de l’ordre d’un sit-in tenu devant direction d’exploitation minière de l’Office chérifien des phosphates (OCP) par des enfants de retraités du Groupe.

Contrairement aux informations qui ont été relayées, notamment par certains supports électroniques, à l’heure où nous mettions sous presse, aucune victime n’a été déplorée ni par les autorités locales, ni par les membres du tissu associatif présents sur place et contactés par notre rédaction.

Selon l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP), sur les 66 blessés évacués, 59 ont pu “quitter l’hôpital le même jour, alors que l’état de santé des sept autres, toujours hospitalisés, est stable et ne suscite pas d’inquiétude”, même si l’un d’entre eux devra poursuivre son traitement à l’hôpital militaire de Rabat. A en croire la MAP, il y aurait plus de blessés du côté des forces de l’ordre que des civils.

“Le bilan définitif de ces incidents fait état de sept blessés parmi les civils outre un journaliste du quotidien ‘Assabah’. Les autres blessés sont membres de la sûreté nationale, de la Gendarmerie royale et des forces auxiliaires.”

Agence Maghreb Arabe Presse

Récupération politique?

Depuis près d’un mois, des dizaines voire des centaines d’enfants de retraités de l’OCP manifestent pour demander leur intégration dans l’office. La question qu’on se pose est de savoir pourquoi les autorités locales n’ont-elles décidé d’intervenir que 25 jours après le début des manifestations? Le secrétaire général de la préfecture de Khouribga, Toufiq Baroudi, a indiqué que “ces incidents ont éclaté après les provocations faites aux forces de l’ordre qui tentaient de disperser le sit-in ouvert”.

“A l’instigation d’individus qui n’ont aucun rapport avec ces revendications et qui agissent selon des agendas loin de l’objectif de ce sit-in, un groupe de personnes a commis des actes de violence et de vandalisme et agressé des éléments des forces de l’ordre”, précise M. Baroudi. Un autre responsable sécuritaire local (dont le nom n’a pas été spécifié), a déclaré à l’Agence France Presse (AFP), que les participants au sit-in étaient “encadrés” par des militants du mouvement islamiste Justice et bienfaisance (Al Adl Wal Ihssane).

Accusation démentie par Fathallah Arsalane, porte parole de la Jamaâ, dans une déclaration rapportée par le site Lakome.com. “Les accusations irresponsables portées contre notre mouvement d’être derrière les manifestations à Khouribga et Casablanca, démontrent l’échec de l’Etat dans la résolution des problèmes des citoyens”, soutient-il. Accusation également démentie par Assal Hajjaj, président de la section locale de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH).

“Il n’y avait aucun membre du mouvement Al Adl Wal Ihssane parmi les manifestants; les manifestants, ce sont des diplômés chômeurs et enfants de retraités de l’OCP qui réclament un emploi au sein de l’office depuis 25 jours maintenant. La nuit, ils sont entre 160 et 170 personnes et le matin, on peut parfois compter jusqu’à 500 personnes. Dans la nuit de lundi à mardi, vers 5h du matin, les forces de l’ordre sont intervenues de manière très violente, à coup de bombes lacrymogènes et de matraques.”

Assal Hajjaj, président de la section locale de l’AMDH

Dans un communiqué parvenu hier à notre rédaction, l’OCP indique que “les motivations réelles des fauteurs de trouble sont injustifiables”. En ce qui concerne les revendications des diplômés chômeurs, le Groupe a fait savoir que “d’importants investissements ont été engagés ces cinq dernières années, ce qui a permis le recrutement de 6.000 personnes”. En outre, “les projets d’investissement des deux prochaines années généreront, au minimum, 2.000 emplois directs et 7.000 emplois indirects”, précise la même source.

Retour au calme et enquête

Dans la journée de mercredi, la ville avait retrouvé son calme, selon les dires de M. Hajjaj. Et d’après Toufiq Baroudi, “le dialogue entre les protestataires, les autorités locales et l’OCP a permis de convenir d’un calendrier pour l’étude des dossiers des demandeurs d’emploi parmi les enfants des retraités de l’OCP à Khouribga, Boujniba, Hattan et Oued Zem”.

Par ailleurs, une délégation du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), conduite par son président, Mohammed Sebbar, s’est rendue mercredi sur place pour s’enquérir des tenants et aboutissants de ces incidents et pour en savoir davantage sur la manière dont ils ont été gérés par les autorités publiques.

Ainsi, les membres de la délégation du CNDH procéderont à la collecte des données relatives aux incidents et rencontreront au cours de cette visite les autorités publiques, les instances syndicales ainsi que des représentants de la société civile et des familles des victimes des actes de violence survenus dans la ville.

Affaire à suivre donc!

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